Disparition du "Journal des Finances".

Publié le par gigi

On le savait depuis longtemps: les gens n'aiment pas les marchés financiers en général, et la bourse en particulier.

Les journaux reflètent particulièrement bien cet état de désaffection qui sanctionne les marchés de capitaux.

C'est en début d'année 2011 que l'on apprend la nouvelle: Le "Journal des Finances" est mort, après 143 années d'existances ! Né en 1867, il a vu pourtant bien des crises et des scandales financiers:

* Il était là lors de la construction du canal de Panama, grande réalisation humaine, mais aussi désastre pour ses premiers actionnaires;

* Il était présent lors de la crise de 1929, qui s'apparente sous bien des aspects, à la crise actuelle des "Subprimes". Hormis le fait qu'à l'époque les autorités monétaires avaient préféré couper le robinet des liquidités, au lieu d'innonder le marché de celles-ci, ces 2 crises sont similaires;

* Il a relaté la révolution russe, et les conséquences financière de bien des détenteurs Français de dette souveraine de l'époque: Les emprunts russes, émis par le Tsars, n'ont jamais été remboursés. L'actualité de la Grèce, avec sa dette souveraine doit nous rapeller qu'une dette d'Etat, n'est pas toujours remboursée, et c'est ce qui fait peur au marché avec les multiples conséquences associées.

* Il a survécu à la terrible létargie de la bourse suite au choc pétrolier de 1973, qui a relancé l'inflation jusque la fin des années 80.

* Il a connu l'exubérance irrationnelle, chère à Alan Greenspan, qui a dénoncé ainsi l'envolée folle des marchés durant la révolution internet de 2000, où les marchés financiers étaient prêt à payer des sommes astronomiques de simples idées sans "business plan". La chute des marchés a été aussi sévère que son envolée.

* Il aura connu la crise des Subprimes, dont nous sortons à peine, et qui n'a pas eu le temps de laisser au marché de soufler un peu avant la prochaine crise qui arrive...

* Il n'aura donc pas survécu à la crise des dettes souveraines qui arrive sous ses multiples formes. Cette crise a été annoncée par la Grèce, qui a triché sur ses finances pour rentrer dans l'Euro, et qui a profité de la monnaie unique pour émettre plus de crédit qu'elle n'était capable de rembourser. D'autres pays, avec une source différente de problèmes, telle l'Espagne avec l'exhubérance immobilière qui a trop fait monter les prix, vont devoir affronter le même type de problème de financement. Le marché privé s'appercevant du problème, refusera de prêter, poussant la BCE et le FMI à soutenir le pays. Nous avons enfin le dernier type de problème de dette souveraine, importé des USA cette fois: le maximum d'endettement public a été atteint, provoqué par la résolution de la crise des Subprimes. Il devra aussi trouver une solution tôt ou tard...

 

C'est donc dans cette dernière ambiance de crise Boursière que le "JdF" est mort [il a été absorbé par "Investir"]. D'autres revues auparavant avaient disparu. C'est le cas de "La Vie Française" (qui s'était renommée "La Vie Financière" pour mieux coller à son contenu), disparu lors de la crise précédente des Subprimes [racheté par MoneyWeek]... Cette revue avait d'ailleurs absorbé en 1975 "L'Opinion", en pleine tourmente de la crise pétrolière.

 

La presse financière papier (dont on retrouve un portail sur Internet) se réduit drastiquement: En revues hebdmadaires, il reste donc seulement "Investir" et  "Le Revenu". Si on ajoute les publications mensuelles: "Mieux Vivre Votre Argent" (qui ne fait pas de publication hebdo papier).

 

Cette "concentration" journalistique reflète parfaitement le marché français: Les gens se détournent massivement de la Bourse, tant en investissement, qu'en information. La Bourse n'a pas la côte en France, on le sait. On en a ici la confirmation concrète: la disparition de la pluralité d'information.

 

Publié dans Décryptage

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JP 15/08/2011 20:37


Je vous rejoins sur ce fait. La bourse n'a jamais été trés populaire. Les crises successives de ces 10 dernières années n'ont rien arrangé. Mais il faut remarquer que les banques plus avide à
amasser de l'argent et jouer à la roulette russe avec des produits qu'ils ne contrôlent plus n'ont jamais chercher à attirer le grand public. Je passerai le manque de formation des pseudos
conseillers financiers de l'ensemble des établissements, sans oublier les frais multiples (frais de garde, gestion et j'en passe) qui entourent la constitution d'un portefeuille.
Quand au politique qui change les règles fiscales tous les 5 matins pour sois disant pénaliser les plus riches... qui n'ont jamais été aussi riche.
Je n'attend pas grand chose de la réunion de demain sauf éventuellement une chute de la bouse en cas de statu quo comme cela semble se dessiner.
Bonne soirée.


gigi 16/08/2011 21:22



Je ne suis pas sûr que les banques jouent à la roulette russe... Ils essayent de gagner le plus d'argent possible en prenant le moins de risque possible, ou un risque "maitrisé". Il y a toujours
le rendement/risque qui reste immuable: de gros bénéfices signifie de gros risques pris... A chacun (y compris aux établissements financiers) de savoir ce qu'il fait !


Pour ce qui est des "conseillers financiers", il s'agit en fait de commerciaux. Ils sont chargés de vendre les produits de la maison qui les emploie, et si possible rien d'autre... Si possible en
vendant les produits à plus forte marge par ailleurs ! En aucun cas ce ne sont des "conseillers financiers" au sens où vous l'entendez. Vous ne les trouverez JAMAIS dans un établissement
bancaire, sauf peut-être dans les salons feutrés réservés aux millionnaires.


Pour ce qui est de la fiscalité, il faut faire avec... Contrairement à ce que vous croyez, les actions ne sont pas particulièrement taxées, même si 30% vous parrait "cher payé". Si cela ne vous
convient pas, vous pouvez aussi transférer vos fonds à l'étranger, si vous trouvez la fiscalité plus attrayante ailleurs. L'immobilier est bien plus taxé, et non délocalisable, mais c'est
répartis sur différents postes que vous ne voyez pas forcément: Entre les agences qui louent votre bien (pour 10% de commission en général !), l'emprunt que vous remboursez (vous payer tout de
même...), les loyers imposés comme un revenu salarial, les taxes foncières et d'habitation, les assurances impayés, les rénovations toujours à la charge du propriétaire, etc... et encore des
frais de mutation de 10% à la vente !! Rien à voir avec les 0,1% de frais de vente en bourse chez les bons courtiers, ou 0,5% plus communément.


Pour ce qui est de la rencontre entre la chancelière Allemande et notre Président, c'est une rencontre politique, et non économique, à la destination des particuliers qui vont bientôt voter, plus
qu'aux investisseurs. Il ne s'est pas dit grand chose de concrêt et d'immédiat effectivement, chacun gardant ses positions, du moins dans le communiqué de presse... et rien concernant l'économie
! Attendons de voir si les mots sont suivis d'acte pour ce qui concerne la gouvernance. Si oui, ce serait tout de même une bonne nouvelle, dans le sens où l'Europe serait un peu mieux intégrée.
Ce qui est marquant, c'est que les pays "périphériques" n'ont pas eu droit à la parole ! Ce sont les 2 pays dominants qui parlent pour tous, et ce n'est pas forcément un bon signe.... On se
demande bien comment l'intégration pourrait se faire, et comment on pourrait controler les dépenses des pays concernés. Ce n'est tout simplement pas possible aujourd'hui.


Coté Bourse, je ne pense pas que les marchés attendaient grand chose de cette réunion. Ne vous trompez pas: ils sont actuellement tournés vers la croissance économique, qui a été nulle en
Allemagne au second trimestre, ce qui est préoccupant (1.3% au T1, 0,1% au T2), et non attendu (0,5% pronostiqué). En France, on ne tiendra pas les 2% "promis", avec également une croissance
nulle. Cela rend la dette publique plus problématique dans la perspective de hausse des taux. J'aurai bien aimé que la rencontre Franco-Allemande débouche sur des annonces économiques, et non sur
des taxations supplémentaires...